Par Didier Meir Long

Image créée par Rima Hassan sur X
Le modèle juif de Pasquale Paoli et de son père
Savez-vous d’où vient la devise de Pascal Paoli que tout nationaliste Corse devrait connaitre par cœur ?
« Melius est mori in bello Quam vivere mala gentae nostrae : Il vaut mieux mourir au combat que de vivre dans la misère de notre peuple »
Ce passage vient du premier livre des Maccabées au chapitre 2 aux versets 49-50. Ce passage montre Mattathias, père des Maccabées (vient de « marteau » car ils se battaient avec un marteau) qui exhorte ses fils à défendre la Torah et à résister aux oppresseurs grecs (les Séleucides) qui veulent imposer aux juifs leur paidea, leur culture. Bref les Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à une époque cruciale pour l’identité religieuse et politique du peuple juif, ont choisi leurs coutumes et usages millénaires contre l’encyclo-paideia (qui a donné « encyclopédie »), la « culture qui fait le tour du monde », la globalisation grecque.
Les pères fondateurs
Et Pasquale Paoli, son père Giacinto, l’abbé Carlu Rostini – un prêtre et historien corse qui s’implique activement dans la résistance contre Gênes inspiré et soutenu par les meneurs révolutionnaires corses comme Grégoire Salvini- Rostini qui revient à plusieurs reprises de Livourne pour organiser et légitimer la cause insulaire – Ce Rostini pilier intellectuel et diplomatique de la lutte, agissant aux côtés d’érudits et de prêtres comme Salvini ou Orticoni avait pour modèle le peuple juif. Ces « théologiens » qui ont été les véritables penseurs et acteurs du mouvement de libération nationale insulaire avaient pour modèle le peuple d’Israël.
A tel point que lorsque l’idéal révolutionnaire vacille chez son père, en 1754, Pasquale Paoli le rappelle à la mémoire : « Il vaut mieux mourir au combat que de vivre dans la misère de notre peuple »… il lui rappelle que son « manifeste » faisait déjà référence aux Maccabées, tout comme L’abbé Rostini.
Le témoignage de Boswell
Comme le montre l’historien Francis Pomponi[1] alors qu’en 1765, le célèbre voyageur écossais James Boswell, muni d’une lettre de recommandation de Rousseau, se rendait en Corse et rencontrait le général Paoli alors en déplacement à Sollacaro, Paoli avait parlé à deux reprises à Boswell du peuple juif comme son modèle de pensée nationale :
« Un jour, rapporte Boswell, après avoir dépeint le triste état et la cruelle oppression sous laquelle la Corse a si longtemps gémi, il dit: » Nous sommes actuellement étendus sur la patrie pour la ranimer, comme le prophète Elisée l’était sur le corps du fils de la Sunamite, œil sur oeil et bouche sur bouche: elle commença à reprendre un peu de vie et de chaleur : j’espère qu’elle recouvrera bientôt entièrement la vigueur et la santé… »»
Il assimile de nombreuse fois le destin du peuple corse à « ce petit peuple d’Asie » (les Juifs, Israël).
Pomponi rapporte « Paoli encore qualifie de ‘‘mission divine’’ la guerre menée contre les Génois et, tout comme Erasme Orticoni, son maître à penser, qui appelait les Corses à prier Dieu et à organiser des cérémonies en vue de la victoire, Paoli les invitait à réciter publiquement les jours de fête le psaume 45 de David qui fait partie des livres poétiques de l’Ancien Testament. Autre signe à retenir des conversazioni avec Boswell et du processus d’identification du peuple corse au peuple juif, cette référence au livre des Macchabées :
« Vous rappelez-vous ce petit peuple de l’Asie toujours en danger d’être opprimé par le grand roi d’Assyrie jusqu’au moment où il eut recours aux Romains. Les Romains, avec le noble courage d’une nation grande et libre, déclarèrent qu’ils ne souffriraient pas que le Grand roi détruisit ce petit peuple ; ils le prirent sous leur protection et firent alliance avec lui. Il ne fit pas d’observation sur ce beau trait d’histoire, ajoute Boswell, mais il était aisé de voir l’application qu’il en faisait à sa nation…».
Un nationalisme juif contre l’Inquisition idéologique et l’oumma du Divan de Constantinople ou Alger
Bref Paoli avait choisi le modèle juif contre les modèles d’hubris globalisés. Il savait de quoi il parlait car il avait face à lui deux globalisations messianiques : d’un côté l’oumma rapteuse d’esclaves corses de Constantinople à Alger; et de l’autre coté la Chrétienté de l’Inquisition de son époque qui traquait les juifs et autres hérétiques avec qui il avait vécu à Livourne.
Paoli avait refusé ces world-culture à bon marché. Il était l’homme de l’Universalisme des Lumières corse qui est une humanité fraternelle à partir d’une identité située et sûre d’elle-même et non pas une concession à l’esprit du temps. Un choix du prochain en face de moi face à la démesure des délires idéologiques géopolitiques mondialisés. Tous ces « ismes » universalistes et conquérants qui ont déjà fait des centaines de millions de morts : communisme, nazisme, islamisme…
Une Cuncolta déboussolée la veille de Chabbat
Donc quand on voit que la Cuncolta a voté à la veille de Chabbat en catimini, alors qu’il ne restait que quelques élus dans une assemblée vide, une motion reconnaissant « l’indépendance de la Palestine », mais avec quelles frontières ? Quel président ? Quel population ?
Et surtout dénonce également « les actes génocidaires perpétrés à l’encontre de la population palestinienne »… Un vote aussitôt salué par Rima Hassan sur X : « La Corse RECONNAÎT (avant la France) l’État de Palestine » et aussi par l’Anadolu Ajansi, c’est à dire l’organe de presse officiel de la Turquie d’Erdogan. … On attend la félicitation du « Guide suprême » àTéhéran…
Quels tafani ont piqué ces élus dans la canicule de l’été ?
Quelle est l’intention politique ? Identifier le nationalisme corse avec le propalestinisme, une sorte d’internationale de substitution pour une gauche à la dérive qui pousserait le nationalisme corse vers l’appartenance au « Sud Global » ? Un mouvement bien décrit par notre compatriote Renée Frégosi dans son dernier livre Le Sud global à la dérive, Entre décolonialisme et antisémitisme.
Mais pour quel calcul politique ? La base propalestiniste de LFI reste minoritaire en Corse… , la majorité des Corses est chrétienne et refuse que sa culture soit anéantie par le multiculturalisme globalisé ou les injonctions de l’islam politique. Ça semble donc un mauvais calcul…
On ne voit pas l’intérêt d’un tel racolage vers la communauté magrébine en vue des municipales en Corse … les 41 000 « marocains » de Corse sont des fidèles d’un roi qui a signé les accords d’Abraham, alors que le projet de Rabat est d’ouvrir une ambassade en Israël et qu’Israël recommence la construction du futur bâtiment devant abriter son ambassade à Rabat.
La réalité c’est que les Palestiniens ne veulent pas d’un État qu’ils ont de multiples fois refusé. Donc ce genre de déclaration ne peut être lue que comme un hostilité à l’égard de l’Etat d’Israël… mais dans quel but ?
Il s’agit sans doute plus prosaïquement seulement d’une diversion par la dénonciation comme l’analyse Eden Levi Campana. Les juifs, Israël, permettent de créer un bouc émissaire facile quand l’économie va mal. Ce qui s’est passe en Allemagne, au Liban, dans tous les pays arabes. Quand l’insécurité culturelle augmente face à la crise économique, quand une société sous pression de l’économie grise ne permet plus qu’une économie de prédation, donc pas un reel développement… le juif, Israël, l’étranger devient alors lexplication du ressentiment collectif. Le scénario est écrit d’avance.
Avec la decision de l’assemblée on est aussi loin de l’héritage du babbu Pasquale Paoli que de celui d’Edmond et Lucie Simeoni qui ont proclamé sans faille leur soutien aux juifs et au peuple d’Israël jusqu’à leur dernière heure avec l’association Terra Erets Corsica Israël.
Par quel mystère des élus se sont fourvoyés dans une telle galère ? Assimilant le nationalisme corse à l’antisionisme des cités ? assimilant le nationalisme corse avec le destin plus ou moins piloté par l’Iran, ses proxi et les idiots utiles de la fierté arabe bafouée…
Certes la population Corse est assurément philosémite : elle a abrité les juifs lors de l’Inquisition, avec Pascal Paoli qui a voulu créer un port franc juif en Corse pour revivifier économiquement une île déjà exsangue, lors de la seconde guerre mondiale alors que seulement un juif fut livré au nazis. Les Corses restent au fond de leur âme, en Corse ou sur le continent, des juifs, ces gens si particuliers que personne ne soumet.
Une telle décision de l’Assemblée jette l’opprobre sur la Corse. Vergogna ! comme on dit chez nous. Elle désespère les juifs en France comme un dernier abandon en rase campagne.
Elle envoie surtout un mauvais signal aux français juifs en fuite. Dont beaucoup remplisse la Corse avec beaucoup d’espoir lors de leur vacances d’été. La Corse ne sera pas pour eux un foyer fraternel ni un refuge.
Sans parler des 1 000 juifs insulaires (440 à Ajaccio, 300 à Bastia) pour qui ce genre de vote sonne forcément comme une trahison et les désigne comme des parias. Sans compter les milliers de marranes corses qui viennent à nous.
Rappelons-nous la sentence du Babbu : « Il vaut mieux mourir au combat que de vivre dans la misère de notre peuple«
L’assemblée de Corse a voté en cette veille de Chabbat pour une fausse paix et « la misère de notre peuple » ?
Entre l’anticolionalisme intersectionnel des damnés de la terre et le nationalisme fier de Pasquale Paoli le nationalisme Corse va devoir choisir. Entre Paoli et Mélenchon il va falloir choisir.
La Corse va-t-elle se reprendre, fidèle à ses valeurs chrétiennes et corse millénaires, que Pascal Paoli avait synthétisées dans l’amour du peuple juif à la racine de l’âme et de la résistance du peuple Corse ?
Ou sombrer à nouveau dans ses démons stériles connus de tous sur notre île ?
Il va falloir choisir.
[1] Revue Fora, Dans les limbes de la Nation « quand les Corses s’identifiaient au peuple juif miroir de l’humanité »